Une nouvelle étude révèle que plus de 5 300 lobbyistes représentant les intérêts des industries du pétrole, du gaz et du charbon ont eu accès aux négociations climatiques des Nations Unies au cours des quatre dernières années. Cette période a été marquée par une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes et une expansion record de l'exploitation des combustibles fossiles.
Cette présence massive soulève des questions sur l'intégrité des pourparlers mondiaux visant à lutter contre le changement climatique, alors que les entreprises les plus responsables de la crise semblent avoir une place privilégiée à la table des négociations.
Points Clés
- Plus de 5 350 lobbyistes de l'industrie fossile ont été accrédités aux sommets climatiques de l'ONU entre 2021 et 2024.
- 90 entreprises représentées sont responsables de 57 % de la production mondiale de pétrole et de gaz en 2023.
- Ces mêmes entreprises mènent 63 % des projets d'expansion fossile à court terme dans le monde.
- Le nombre de lobbyistes fossiles dépasse souvent celui des délégations des pays les plus vulnérables au climat.
Une influence grandissante dans les négociations
L'analyse, menée par la coalition Kick Big Polluters Out (KBPO), montre que 859 organisations liées aux combustibles fossiles ont envoyé des représentants aux sommets climatiques (COP) de Glasgow à Bakou. Parmi elles, 180 sont des compagnies pétrolières, gazières et charbonnières directement impliquées dans l'extraction et la distribution.
Ces chiffres illustrent une tendance inquiétante : ceux qui ont le plus grand intérêt économique à maintenir le statu quo énergétique disposent d'un accès sans précédent aux espaces où se décide l'avenir de la politique climatique mondiale.
Qu'est-ce qu'une COP ?
La Conférence des Parties (COP) est le sommet annuel où les 198 pays membres de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se réunissent pour négocier des actions communes. L'objectif principal, depuis l'Accord de Paris de 2015, est de limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C, et si possible à 1,5°C.
L'année dernière, lors de la COP28 à Dubaï, 1 773 lobbyistes des énergies fossiles étaient enregistrés. Ce nombre est 70 % plus élevé que le total des délégués des 10 pays les plus vulnérables au changement climatique réunis, qui ne comptaient que 1 033 représentants.
Les géants de l'énergie en première ligne
Parmi les entreprises les plus présentes figurent les plus grands noms de l'industrie. Entre 2021 et 2024, Shell a envoyé 37 lobbyistes, BP en a envoyé 36, ExxonMobil 32 et Chevron 20. Durant les cinq dernières années, ces quatre compagnies ont enregistré des bénéfices combinés dépassant les 420 milliards de dollars.
Leur influence ne se limite pas à la simple présence. 90 des entreprises ayant envoyé des lobbyistes sont à l'origine de plus de la moitié (57 %) de toute la production de pétrole et de gaz en 2023. Cela équivaut à 33 699 millions de barils d'équivalent pétrole.
"Cet espace qui devrait être consacré à la science et aux peuples a été transformé en un grand hall d'affaires pour le carbone", a déclaré Adilson Vieira, porte-parole du Groupe de travail amazonien.
Des projets d'expansion qui menacent les objectifs climatiques
L'étude met en lumière une contradiction fondamentale : alors que les nations négocient la réduction des émissions, les entreprises présentes à ces mêmes négociations planifient une expansion massive de leurs activités.
Les 90 entreprises mentionnées sont également responsables de près des deux tiers (63 %) de tous les projets d'expansion d'exploration et de production de combustibles fossiles à court terme. Si ces projets se concrétisent, ils produiront suffisamment de pétrole pour recouvrir la superficie totale de sept pays européens, dont la France, l'Espagne et l'Allemagne, d'une couche d'un centimètre.
Une production fossile colossale
La production de pétrole et de gaz des 90 entreprises les plus représentées en 2023 suffirait à recouvrir l'intégralité de l'Espagne d'une nappe de pétrole d'un centimètre d'épaisseur.
Cette stratégie d'expansion est en opposition directe avec les avertissements des scientifiques, qui affirment que tout nouveau projet fossile est incompatible avec l'objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C.
Appels à l'exclusion et nouvelles règles de transparence
Face à ces révélations, les appels se multiplient pour interdire l'accès des lobbyistes des combustibles fossiles aux sommets climatiques, à l'image des restrictions imposées à l'industrie du tabac dans les négociations sur la santé mondiale.
Brenna Yellowthunder, coordinatrice du Réseau environnemental autochtone, a souligné l'impact sur les communautés en première ligne. "Nous devons retirer le panneau 'à vendre' de la Terre Mère et interdire l'entrée à la COP aux lobbyistes du pétrole et du gaz."
En réponse à la pression croissante, la CCNUCC a introduit de nouvelles règles de transparence. Les délégués doivent désormais déclarer publiquement qui finance leur participation. Cependant, ces règles comportent des failles importantes : elles n'incluent pas les membres des délégations gouvernementales officielles ni leurs invités.
Alors que la COP30 se prépare à Belém, au Brésil, au cœur de l'Amazonie, le débat sur l'influence des entreprises polluantes sur le processus climatique mondial est plus vif que jamais. Les défenseurs du climat estiment que la transparence seule ne suffit pas.
"La transparence sans exclusion est performative. La CCNUCC doit passer de la divulgation à la disqualification", affirme Mohammed Usrof, directeur exécutif de l'Institut palestinien pour la stratégie climatique.
L'enjeu est de savoir si les négociations climatiques peuvent rester un forum crédible pour l'action mondiale ou si elles deviendront un simple instrument au service des intérêts qui perpétuent la crise.





