Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde, mais ce pétrole est aussi l'un des plus polluants. Les gisements de brut extra-lourd du pays nécessitent des processus d'extraction et de raffinage très énergivores, entraînant des émissions de gaz à effet de serre nettement supérieures à celles du pétrole léger.
Points Clés
- Le pétrole vénézuélien est parmi les plus intenses en carbone au niveau mondial.
- Son extraction et son raffinage sont très énergivores en raison de sa nature extra-lourde.
- Les fuites de méthane et les déversements de pétrole aggravent son impact environnemental.
- Des investissements massifs seraient nécessaires pour moderniser l'infrastructure pétrolière.
Un brut extra-lourd synonyme de forte pollution
Le pétrole vénézuélien, majoritairement du brut extra-lourd, est une substance épaisse et goudronneuse. Son extraction nécessite un chauffage important pour le faire remonter à la surface. Il doit ensuite être dilué avec d'autres produits chimiques avant de pouvoir circuler dans les pipelines.
Ces étapes initiales sont gourmandes en énergie. Chaque apport énergétique se traduit par des émissions considérables de gaz à effet de serre. Ce processus complexe place le brut vénézuélien parmi les pétroles les plus polluants dès le stade de la production.
Un Chiffre Clé
Les émissions de gaz à effet de serre liées à la production, au raffinage et à l'utilisation du pétrole brut lourd sont en moyenne 1,5 fois plus élevées que celles du pétrole brut léger. Cette donnée provient d'une étude de 2018 publiée dans la revue Environmental Research Letters.
Des besoins de raffinage accrus
En plus de l'extraction, le raffinage du brut extra-lourd est également plus exigeant. Ce type de pétrole est de faible qualité et requiert davantage de traitement pour le transformer en produits commercialisables. Cela augmente encore l'énergie consommée et les émissions associées avant que le carburant n'atteigne le marché.
« Il faut beaucoup d'énergie pour chauffer cette substance, la faire sortir du sol, la faire circuler, puis la transformer en produits normaux », explique Deborah Gordon, directrice principale du programme Climate Intelligence chez RMI. « Chaque apport d'énergie signifie beaucoup d'émissions. »
Selon une analyse de 2018 publiée dans la revue Science, le pétrole du Venezuela a la deuxième plus forte intensité de carbone parmi tous les pays producteurs de pétrole. Une analyse mise à jour par l'indice climatique pétrolier et gazier de RMI, basée sur les données de 2024, a même classé le pétrole vénézuélien comme ayant la plus haute intensité de carbone parmi 55 pays producteurs majeurs.
Le méthane et les déversements: des impacts supplémentaires
L'impact climatique du pétrole vénézuélien ne se limite pas aux émissions de CO2. Les fuites et les rejets intentionnels de méthane, un puissant gaz à effet de serre, contribuent également à son empreinte environnementale. Le méthane est plus de 80 fois plus nocif pour le climat que le CO2 sur une période de 20 ans.
Contexte des Sanctions
Les sanctions pétrolières et gazières imposées au Venezuela ont eu des répercussions importantes. Elles ont conduit à une mauvaise gestion des ressources et à un manque d'entretien des infrastructures, ce qui a directement contribué à l'augmentation des fuites de méthane et à la fréquence des déversements de pétrole.
En 2023, le pétrole vénézuélien affichait la deuxième plus forte intensité de méthane parmi les principaux pays producteurs, selon l'Agence Internationale de l'Énergie. Ce taux élevé de fuites est en partie dû au manque d'entretien des infrastructures, exacerbé par les sanctions.
Des milliers de déversements
Le manque d'entretien a également entraîné de fréquents déversements de pétrole. La compagnie pétrolière nationale du Venezuela, Petróleos de Venezuela, S.A. (PDVSA), a rapporté plus de 46 000 déversements entre 2010 et 2016. Depuis cette période, la compagnie n'a plus publié de chiffres officiels.
Cependant, en 2020, le dirigeant de la Fédération Unitaire des Travailleurs du Pétrole et du Gaz du Venezuela, un syndicat, a estimé que des déversements de pétrole se produisaient presque quotidiennement dans certains États du pays. Ces incidents ont des conséquences dévastatrices sur les écosystèmes locaux et les communautés riveraines.
Des investissements colossaux pour une production incertaine
Malgré l'ampleur des réserves, augmenter la production de pétrole au Venezuela serait un défi majeur. Une analyse de Rystad Energy, une société indépendante de recherche sur l'énergie, a estimé que le simple maintien des niveaux de production actuels nécessiterait 53 milliards de dollars d'investissements dans de nouvelles infrastructures énergétiques.
Pour un véritable redressement de l'industrie pétrolière vénézuélienne, les estimations vont de 50 à 100 milliards de dollars d'investissements soutenus. Ces fonds seraient nécessaires non seulement pour moderniser les infrastructures, mais aussi pour garantir des années de stabilité politique.
- 53 milliards de dollars pour maintenir la production actuelle.
- 50 à 100 milliards de dollars pour un redressement complet.
- Des années de stabilité politique sont cruciales pour attirer ces investissements.
Les experts se montrent prudents quant à l'intérêt des entreprises à investir des sommes aussi importantes, surtout dans un contexte de prix du pétrole bas et d'instabilité politique persistante. L'impact climatique du secteur pétrolier et gazier vénézuélien devrait donc rester important, que la production augmente ou que l'état de délabrement actuel se maintienne.
« Ils ne font que rejeter des choses dans l'air », a déclaré Deborah Gordon à propos des émissions actuelles de méthane. Cette situation souligne l'urgence de considérer non seulement la quantité de pétrole extraite, mais aussi son impact environnemental global.





