La hausse du niveau de la mer, accélérée par les émissions de gaz à effet de serre, menace des milliers de sites industriels et d'infrastructures essentielles aux États-Unis. Une nouvelle étude révèle que 5 500 emplacements gérant des substances dangereuses pourraient être inondés d'ici 2100, avec des risques significatifs pour les communautés côtières, en particulier les populations à faible revenu et les minorités.
Points Clés
- 5 500 sites dangereux menacés par les inondations côtières d'ici 2100.
- Plus de la moitié de ces sites risquent d'être inondés dès 2050.
- Les communautés à faible revenu et de couleur sont les plus exposées.
- Une réduction des émissions pourrait sauver environ 300 sites.
- La Louisiane, la Floride et le New Jersey concentrent la majorité des risques.
Des milliers de sites sous la menace des eaux
Les recherches récentes mettent en lumière une situation préoccupante. Environ 5 500 sites aux États-Unis, qui stockent, émettent ou manipulent des eaux usées, des déchets, du pétrole, du gaz et d'autres substances dangereuses, pourraient être submergés. Ces prévisions s'appuient sur l'accélération de l'élévation du niveau de la mer due au réchauffement climatique.
Une grande partie de ce risque est déjà inévitable en raison des émissions passées. Cependant, les projections indiquent que plus de la moitié de ces sites pourraient être menacés beaucoup plus tôt, potentiellement dès 2050. Cette échéance proche souligne l'urgence d'agir.
Chiffres alarmants
- 44 % des sites à risque sont des ports et terminaux de combustibles fossiles.
- 30 % sont des centrales électriques.
- 24 % des raffineries.
- 22 % des stations d'épuration côtières.
Impact disproportionné sur les communautés vulnérables
Les communautés les plus touchées par cette menace sont souvent celles qui disposent de moins de ressources. Les populations à faible revenu, les communautés de couleur et d'autres groupes marginalisés sont les plus exposés. Cette inégalité face aux risques climatiques est un problème récurrent.
Lara J. Cushing, professeure agrégée au Département des sciences de la santé environnementale de l'Université de Californie, Los Angeles, et co-auteure de l'étude, insiste sur l'importance de l'anticipation. « Notre objectif était de prendre de l'avance sur le problème en regardant loin dans le futur », a-t-elle déclaré. Elle ajoute qu'il reste du temps pour atténuer les risques et augmenter la résilience.
Qu'est-ce que l'élévation du niveau de la mer ?
L'élévation du niveau de la mer est principalement causée par la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, ainsi que par l'expansion thermique de l'eau des océans à mesure qu'elle se réchauffe. Dans de nombreuses régions côtières des États-Unis, ce phénomène s'accélère plus vite que la moyenne mondiale en raison de facteurs locaux comme l'érosion et l'affaissement des terres dû au pompage des eaux souterraines, selon la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).
Une méthodologie rigoureuse pour des prévisions claires
Les chercheurs ont d'abord identifié et classifié des dizaines de milliers de sites dangereux près des côtes de Porto Rico et des 23 États côtiers. Ensuite, ils ont évalué le risque futur d'inondation pour chaque site. Ils ont calculé la probabilité annuelle d'inondation côtière en utilisant des mesures historiques du niveau de la mer et des projections pour 2050 et 2100, basées sur des scénarios d'émissions faibles et élevées.
Enfin, ils ont identifié les communautés à risque, définies comme des habitations situées à moins d'un kilomètre d'un site dangereux présentant un risque élevé d'inondation future. Ces communautés ont ensuite été comparées à d'autres quartiers côtiers sans sites à risque à proximité.
« C'est une étude vraiment importante dont le public, les décideurs politiques et les agences gouvernementales doivent prendre note. »
Thomas Chandler, directeur général du Centre national pour la préparation aux catastrophes de l'Université Columbia, a souligné l'importance de cette étude. Derek Van Berkel, professeur agrégé à l'école de l'environnement et du développement durable de l'Université du Michigan, a qualifié la magnitude des « effets de rétroaction » des inondations d'« alarmante ».
Des risques de contamination et leurs conséquences sanitaires
Les inondations à proximité de ces sites dangereux peuvent avoir des conséquences graves pour la santé publique. Sacoby Wilson, professeur de santé mondiale, environnementale et professionnelle à l'Université du Maryland, a expliqué que l'exposition aux eaux de crue près des fermes industrielles ou des stations d'épuration peut entraîner une exposition à des bactéries comme E. coli. Les symptômes incluent diarrhée, crampes abdominales sévères, vomissements et fièvre.
Les personnes vivant près de sites industriels comme les raffineries pourraient être exposées à des métaux lourds et des produits chimiques. Ces expositions peuvent provoquer des éruptions cutanées, des brûlures des yeux, du nez et de la gorge, des maux de tête ou de la fatigue. Pour les personnes vulnérables ou ayant des problèmes de santé sous-jacents, ces conditions pourraient être exacerbées lors d'événements d'inondation.
À plus long terme, certaines de ces expositions peuvent contribuer au développement de cancers, de lésions hépatiques, rénales ou d'autres organes, ou avoir des effets sur la reproduction.
Appel à l'investissement dans l'atténuation des risques
Face à ces menaces, l'étude souligne la nécessité d'investir massivement dans l'atténuation des risques. Thomas Chandler insiste sur l'importance pour les gouvernements fédéral, étatiques et locaux des États-Unis d'aborder ces facteurs par une planification de résilience multipartite. Il encourage également les gouvernements locaux à intégrer les évaluations des risques climatiques dans leurs stratégies d'atténuation.
Des réductions même modérées des émissions de gaz à effet de serre pourraient faire une différence significative. Les chercheurs ont déterminé que si des efforts sont faits, environ 300 sites de moins seraient menacés d'ici la fin du siècle. Cela montre que des actions concrètes peuvent encore modifier le cours des événements et protéger des vies et des infrastructures essentielles.
Sites les plus exposés par État
Près de 80 % des sites à risque se trouvent dans sept États :
- Louisiane
- Floride
- New Jersey
- Texas
- Californie
- New York
- Massachusetts
Cette étude, financée par l'Environmental Protection Agency (EPA), s'appuie sur des recherches antérieures menées en Californie. Elle ne prend toutefois pas en compte tous les types d'installations dangereuses, comme les pipelines de pétrole et de gaz, ni la remontée des eaux souterraines ou l'intensité accrue des tempêtes futures, ce qui pourrait potentiellement sous-estimer les risques réels. À l'inverse, le modèle d'inondation utilisé pourrait avoir surestimé le nombre de sites menacés.
Les catastrophes passées, telles que les ouragans Katrina, Rita et Harvey, ont déjà entraîné une contamination toxique importante due aux pipelines de pétrole et de gaz, rappelant la vulnérabilité de ces infrastructures.





