Une nouvelle étude scientifique révèle une tendance inquiétante : les conditions météorologiques propices aux grands incendies de forêt se produisent de plus en plus souvent en même temps dans différentes régions du globe. Cette synchronisation, qui a plus que doublé en près de 50 ans, met à rude épreuve les capacités mondiales de lutte contre les incendies et expose des millions de personnes à une mauvaise qualité de l'air.
Les chercheurs attribuent environ la moitié de cette augmentation au changement climatique d'origine humaine, soulignant l'urgence de repenser les stratégies de gestion des risques à l'échelle planétaire.
Les points clés
- La fréquence des jours où les conditions de mégafeux sont réunies simultanément dans plusieurs régions du monde a plus que doublé depuis 1979.
- Le changement climatique est responsable d'environ 50 % de cette augmentation observée.
- Cette simultanéité menace la coopération internationale en matière de lutte contre les incendies, les pays ayant besoin de leurs propres ressources.
- La propagation de la fumée sur de longues distances devient un problème de santé publique majeur, affectant des populations loin des flammes.
Un phénomène mondial en accélération
Les vagues de chaleur extrêmes, les vents violents et la sécheresse sévère sont les ingrédients d'un cocktail dangereux qui alimente les incendies les plus dévastateurs. Une étude publiée dans la revue Science Advances montre que ces conditions n'apparaissent plus de manière isolée. Elles se manifestent désormais de façon synchronisée à travers le monde.
Pour parvenir à cette conclusion, une équipe de scientifiques a analysé des données climatiques et satellitaires couvrant la période de 1979 à 2024. Ils se sont concentrés sur l'"indice météorologique des incendies" (Fire Weather Index), un indicateur qui mesure le danger d'incendie en fonction de la température, du vent et de l'humidité.
Un doublement du risque
L'étude a comptabilisé les jours où cet indice atteignait un niveau extrême (dans les 10 % les plus élevés) dans plusieurs régions du monde en même temps. Le résultat est sans appel : le nombre de ces jours de danger synchronisé a plus que doublé au cours des 45 dernières années.
Cong Yin, chercheur à l'Université de Californie à Merced et auteur principal de l'étude, a expliqué que si de nombreuses recherches avaient déjà montré l'augmentation du risque dans des zones spécifiques, son équipe a voulu adopter une perspective globale. Ce changement d'échelle a révélé une tendance mondiale qui était jusqu'alors moins visible.
Le changement climatique comme principal responsable
Pour déterminer l'origine de cette synchronisation croissante, les chercheurs ont utilisé des modèles climatiques. Ils ont comparé le monde actuel avec un scénario simulé où le réchauffement climatique d'origine humaine n'aurait pas eu lieu.
L'analyse a révélé qu'environ la moitié de l'augmentation observée des conditions d'incendies simultanés est directement imputable au changement climatique. L'autre moitié est liée à la variabilité naturelle du climat, comme le phénomène El Niño, qui modifie périodiquement les températures et les précipitations dans le Pacifique.
"Nous avons pu isoler l'impact du réchauffement d'origine humaine. Les résultats montrent clairement que nous avons modifié la nature même des saisons des feux à l'échelle planétaire", a déclaré Cong Yin.
Certaines régions sont plus touchées que d'autres. Les forêts boréales des hautes latitudes, par exemple, connaissent la plus forte augmentation de la synchronisation des conditions d'incendie. À l'inverse, l'Asie du Sud-Est semble moins affectée, probablement en raison d'une hausse de l'humidité qui contrecarre les effets de la chaleur.
Des ressources de lutte sous pression extrême
L'une des conséquences les plus directes de cette tendance est la pression exercée sur les ressources de lutte contre les incendies. Historiquement, la coopération internationale a été un pilier de la gestion des crises majeures. Il est courant que des pays s'envoient mutuellement de l'aide.
Par exemple, des pompiers du Canada et du Mexique ont aidé à combattre les feux en Californie, tandis que la France et l'Italie ont envoyé des avions bombardiers d'eau en Espagne. Les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ont même un accord permanent pour partager leur personnel et leur équipement.
La fin de l'entraide internationale ?
Avec des incendies majeurs éclatant simultanément en Amérique du Nord, en Europe et en Australie, cette entraide devient difficile, voire impossible. Chaque pays doit mobiliser ses propres équipes et son matériel pour protéger son territoire, laissant peu de ressources disponibles pour l'exportation.
Cette situation pourrait mener à des incendies qui brûlent plus longtemps et sur de plus grandes surfaces, faute de moyens suffisants pour les contenir rapidement. Les coûts économiques, déjà colossaux, risquent d'exploser, se répercutant sur les impôts et les primes d'assurance des citoyens.
La fumée, un danger plus grand que les flammes
Au-delà des destructions matérielles, la fumée des mégafeux représente une menace sanitaire de plus en plus préoccupante. Les panaches de fumée peuvent parcourir des milliers de kilomètres, affectant la qualité de l'air de continents entiers.
Les habitants de la côte Est américaine se souviennent encore du ciel orange provoqué par les incendies canadiens il y a quelques années, qui a déclenché des alertes sanitaires à New York et Philadelphie. Une étude a estimé que la fumée de ces feux avait contribué à 82 000 décès prématurés.
Selon Robert Field, chercheur à l'Université de Columbia qui n'a pas participé à l'étude, la fumée pourrait devenir un danger public plus important que les flammes elles-mêmes. "Des milliers de maisons peuvent brûler, mais des millions de personnes respirent un air toxique qui peut réduire leur espérance de vie", a-t-il commenté. Pour lui, cette étude est un "prélude à ce qui nous attend".
Se préparer à une nouvelle réalité
Face à cette nouvelle ère d'incendies synchronisés, la simple lutte contre les flammes ne suffit plus. Les experts appellent à une réévaluation complète des risques, même si cela doit affecter la valeur immobilière dans certaines zones. Il est également crucial d'investir dans la gestion préventive des paysages, notamment par des brûlages contrôlés.
Bien sûr, la solution à long terme reste la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre. Mais en attendant, il devient essentiel pour chacun de surveiller les prévisions météorologiques et les indices de qualité de l'air, et de garder un masque de protection à portée de main.





