Des inondations historiques ont frappé l'ouest de l'État de Washington, forçant l'évacuation de près de 100 000 personnes et causant des dommages considérables. Les scientifiques affirment que ces événements, alimentés par des rivières atmosphériques consécutives, offrent un aperçu inquiétant des conséquences d'un climat en réchauffement.
Alors que les communautés locales font face à la montée des eaux, les experts analysent comment le changement climatique intensifie ces phénomènes météorologiques et menacent des écosystèmes vitaux, notamment les populations de saumons du Pacifique.
Points Clés
- Près de 100 000 personnes ont reçu l'ordre d'évacuer dans l'ouest de Washington en raison d'inondations extrêmes.
- Les rivières atmosphériques, bien que normales, devraient devenir plus fréquentes, plus longues et plus intenses avec le réchauffement climatique.
- Les populations de saumons, en particulier les saumons Chinook, sont gravement menacées par la destruction de leurs frayères.
- Les experts appellent à une meilleure préparation des infrastructures et à une réduction des émissions pour limiter les futurs dégâts.
Des pluies intenses et des évacuations massives
La situation dans l'ouest de Washington est critique. Selon le département militaire de l'État, environ 78 000 personnes ont été évacuées dans le seul comté de Skagit, et 20 000 autres dans les comtés voisins. Ces mesures drastiques font suite aux débordements de plusieurs cours d'eau, dont la rivière Skagit, après le passage de deux puissantes rivières atmosphériques successives.
Ces tempêtes, qui transportent d'énormes quantités d'humidité depuis l'océan, ne sont pas nouvelles dans la région. Elles constituent près de la moitié des précipitations hivernales dans l'ouest de Washington et de l'Oregon. Cependant, leur intensité et leur succession rapide ont submergé les capacités d'absorption des sols et des rivières.
Qu'est-ce qu'une rivière atmosphérique ?
Une rivière atmosphérique est un couloir long et étroit de transport de vapeur d'eau concentrée dans l'atmosphère. Ces phénomènes sont responsables de la plupart des précipitations et des inondations sur la côte ouest de l'Amérique du Nord. Le réchauffement climatique devrait augmenter leur capacité à transporter de l'humidité.
Guillaume Mauger, climatologue de l'État de Washington, explique que bien qu'aucune des deux tempêtes n'ait battu de record individuel de précipitations, leur enchaînement a été dévastateur. "C'est l'effet cumulé qui a submergé les systèmes fluviaux", précise-t-il.
Le lien avec le changement climatique
Les scientifiques s'accordent sur le fait que ces événements sont un signe avant-coureur de ce que l'avenir nous réserve. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) des Nations Unies a déjà établi un lien clair entre le réchauffement et l'intensité des précipitations.
Plus de chaleur, plus d'eau
Les scientifiques estiment que pour chaque degré Celsius de réchauffement d'origine humaine, les tempêtes extrêmes au-dessus des terres devraient déverser 7 % de précipitations supplémentaires. Une atmosphère plus chaude peut simplement contenir plus d'humidité.
Le réchauffement a un double effet sur les inondations. Non seulement l'atmosphère peut contenir et déverser plus d'eau, mais une plus grande partie de ces précipitations tombe sous forme de pluie plutôt que de neige, même en altitude. "S'il y a moins de neige et plus de pluie, cela signifie qu'il y a plus d'eau qui peut se retrouver directement dans les rivières et contribuer aux inondations", souligne Guillaume Mauger.
"La science est claire : les inondations deviendront plus importantes et plus fréquentes à l'avenir."
Guillaume Mauger, Climatologue de l'État de Washington
Selon ses projections, des inondations extrêmes qui ne se produisaient qu'une fois par siècle sur la rivière Skagit pourraient survenir jusqu'à quatre fois plus souvent dès les années 2040.
Un impact dévastateur sur la faune
Au-delà des dégâts matériels et du déplacement des populations, ces inondations ont des conséquences écologiques graves. La rivière Skagit est l'un des cours d'eau les plus importants de Puget Sound pour la reproduction du saumon. Les crues violentes menacent directement plusieurs espèces.
Les chercheurs expliquent que les débits extrêmes peuvent littéralement arracher les œufs de saumon de leurs nids de gravier. Ils peuvent aussi les étouffer sous une épaisse couche de sédiments, un processus que les biologistes appellent "ensevelissement".
Les espèces les plus vulnérables
Actuellement, les saumons coho et kéta sont en pleine période de frai. Cependant, les saumons Chinook et rose, qui ont déjà pondu, sont les plus exposés. Leurs œufs incubent actuellement au fond des rivières.
- Saumon Chinook et Rose : Ils fraient principalement dans le lit principal des rivières, les exposant directement à la force des crues.
- Saumon Coho : Certains individus peuvent bénéficier des hautes eaux pour accéder à de nouveaux habitats dans des affluents normalement inaccessibles.
Mike LeMoine, chercheur pour la Skagit River System Cooperative, un projet des tribus Swinomish et Sauk-Suiattle, exprime son inquiétude. "Après les inondations de 2021, nous avons enregistré la plus faible abondance de saumons Chinook juvéniles en migration jamais documentée", a-t-il déclaré. La situation pourrait être encore pire cette année.
S'adapter ou subir : les solutions face à la crise
Face à cette nouvelle réalité, les experts soulignent que l'ampleur des dégâts ne dépend pas uniquement de la force de la tempête, mais aussi de la préparation humaine. Des stratégies d'adaptation existent pour atténuer les impacts.
Meade Krosby, scientifique au Climate Impacts Group de l'Université de Washington, insiste sur la nécessité de rendre nos environnements plus "éponges". Cela implique de repenser l'aménagement du territoire.
Les solutions incluent :
- Protéger les zones naturelles : Préserver les forêts, les zones humides et les plaines inondables permet à l'eau de s'infiltrer dans le sol plutôt que de ruisseler vers les rivières.
- Aménagements urbains perméables : Utiliser des techniques comme les jardins de pluie, les toits verts et les chaussées perméables pour absorber l'eau en ville.
- Éviter la construction en zones à risque : Limiter le développement dans les plaines inondables connues.
Cependant, ces mesures d'adaptation ont leurs limites. "Si nous ne nous attaquons pas à la cause profonde du changement climatique, les rivières atmosphériques continueront de se renforcer", prévient Krosby. Elle conclut que les précipitations finiront par dépasser notre capacité à y répondre, quelle que soit la qualité de nos infrastructures.
La réduction des émissions de gaz à effet de serre reste la solution fondamentale pour minimiser à long terme le bilan humain et écologique de ces catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes.





