Le gouvernement écossais a officiellement présenté une nouvelle ébauche de son plan d'action climatique, détaillant une stratégie ambitieuse pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2045. Ce projet, qui doit encore être examiné par le Parlement, met l'accent sur la décarbonation des bâtiments, la fin des ventes de nouvelles voitures thermiques d'ici 2030 et une augmentation significative du reboisement.
Annoncé par la secrétaire à l'Action climatique, Gillian Martin, le plan a suscité des réactions mitigées. Tandis que le gouvernement met en avant les bénéfices économiques et environnementaux, l'opposition et les groupes écologistes critiquent un manque de détails et de nouvelles mesures concrètes pour faire face à l'urgence climatique.
Les points clés du plan
- Objectif de neutralité carbone pour l'Écosse d'ici 2045, soit cinq ans avant le reste du Royaume-Uni.
- Fin de la vente des nouvelles voitures à essence et diesel d'ici 2030.
- Décarbonation complète du chauffage des bâtiments d'ici 2045.
- Augmentation du reboisement pour atteindre 18 000 hectares par an d'ici la fin de la décennie.
- Restauration des tourbières pour compenser les émissions agricoles sans réduire le cheptel.
Une feuille de route pour la transition énergétique
Le projet de plan climatique écossais s'articule autour de plusieurs piliers majeurs visant à transformer les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre. La secrétaire à l'Action climatique, Gillian Martin, a souligné devant les parlementaires que l'Écosse subit déjà les conséquences du changement climatique, citant les inondations, les vagues de chaleur et les incendies de forêt comme des phénomènes de plus en plus fréquents.
Le secteur des transports est l'une des principales cibles. Le plan réaffirme l'engagement d'interdire la vente de nouvelles voitures et camionnettes à essence et diesel à partir de 2030. Pour encourager cette transition, des incitations pour les consommateurs sont prévues afin de faciliter le passage aux véhicules électriques.
Le défi du chauffage des bâtiments
Un autre volet essentiel concerne la décarbonation du chauffage dans les bâtiments, un objectif fixé pour 2045. Cela implique un abandon progressif des chaudières à gaz et au fioul au profit de solutions bas carbone comme les pompes à chaleur. Les bâtiments non résidentiels seront quant à eux tenus de se raccorder à des réseaux de chaleur urbains bas carbone, dont l'extension est prévue.
Coûts et bénéfices
Selon les estimations du gouvernement, la mise en œuvre de ces politiques climatiques coûtera environ 4,8 milliards de livres sterling entre 2026 et 2040. Cependant, les bénéfices attendus, notamment en termes de santé publique, de création d'emplois et d'économies d'énergie, sont évalués à 42,3 milliards de livres sterling sur la même période.
Agriculture et nature : un équilibre délicat
L'agriculture représente le troisième secteur le plus émetteur en Écosse. Contrairement aux recommandations du Comité sur le changement climatique (CCC), qui préconisait une réduction du nombre de têtes de bétail, le gouvernement a choisi une autre voie. Il s'est engagé à ne pas imposer de réduction du cheptel aux agriculteurs.
Pour compenser ces émissions, le plan mise massivement sur des solutions naturelles :
- Restauration des tourbières : L'objectif est de restaurer une grande partie des tourbières dégradées, qui sont d'importantes sources de carbone lorsqu'elles sont en mauvais état.
- Reboisement : Le plan prévoit d'accélérer la plantation d'arbres pour atteindre un rythme de 18 000 hectares par an d'ici 2029-2030.
Cette stratégie est complétée par un engagement à accélérer la décarbonation de l'approvisionnement en carburant, en augmentant la part des énergies renouvelables comme l'éolien et le solaire.
Contexte des objectifs climatiques écossais
L'Écosse s'est fixé l'objectif d'atteindre la neutralité carbone en 2045. Cependant, après avoir manqué plusieurs objectifs annuels et intermédiaires, le gouvernement a abandonné cette approche en 2023 au profit de budgets carbone quinquennaux. L'objectif actuel est de réduire les émissions de 69 % d'ici 2035 par rapport aux niveaux de 1990. Les données les plus récentes montrent une réduction de plus de 50 % par rapport à cette année de référence.
Des critiques vives de la part de l'opposition et des ONG
Le plan a été accueilli avec scepticisme par les partis d'opposition et les organisations environnementales. Beaucoup dénoncent un manque de nouveauté et de détails concrets sur la mise en œuvre.
Douglas Lumsden, porte-parole des conservateurs écossais, a qualifié le plan de simple « ressassement des politiques existantes du SNP », affirmant qu'il n'apporte aucune clarté sur la manière d'atteindre la cible de 2045 et ignore les préoccupations concernant le remplacement des chaudières ou l'exploration pétrolière et gazière.
Du côté des travaillistes, Sarah Boyack a réclamé des plans plus détaillés pour la rénovation énergétique des logements et a alerté sur le manque de soutien aux autorités locales pour créer des emplois verts.
« Ils ne donnent aucune clarté sur l'extraction des combustibles fossiles et ils ont vidé de sa substance le projet de loi sur la chaleur et les bâtiments, proposant désormais un objectif sans mécanisme de mise en œuvre. »
– Patrick Harvie, député des Verts
Les organisations non gouvernementales ont également exprimé leur déception. Caroline Rance, de Friends of the Earth Scotland, a qualifié le projet de « plan épouvantable » qui « ne fera qu'effleurer la surface » de ce qui est nécessaire. Elle a ajouté qu'il n'y avait « rien pour aider les personnes qui ont du mal à payer leurs factures d'énergie ».
L'avenir incertain des énergies fossiles
Une question clé reste en suspens : l'avenir de l'industrie pétrolière et gazière de la mer du Nord. Bien que le gouvernement écossais se soit engagé dans une transition juste pour les travailleurs du secteur, le plan manque de clarté sur la fin de l'exploration et de l'extraction.
Le Premier ministre John Swinney a reconnu que le pétrole et le gaz de la mer du Nord seraient nécessaires « pendant un certain temps ». La délivrance de nouvelles licences d'exploration reste une compétence du gouvernement britannique, créant une tension politique. Le parti travailliste britannique s'est engagé à interdire les nouvelles licences, mais pas à stopper le développement des champs existants.
Le projet de plan est désormais ouvert à une consultation publique jusqu'au 29 janvier. Les réponses recueillies seront examinées avant l'adoption de la version finale, qui déterminera la trajectoire de l'Écosse pour les deux prochaines décennies.





