Dix ans après la signature de l'Accord de Paris, le monde observe une transformation notable dans le secteur de l'énergie. Cet accord historique, le premier du genre à unir les nations autour d'un objectif commun de réduction des émissions de gaz à effet de serre, a impulsé des changements significatifs. Malgré les défis persistants, les investissements massifs dans les énergies renouvelables et l'adoption croissante des véhicules électriques marquent une évolution indéniable.
Points Clés
- L'Accord de Paris a catalysé une transition mondiale vers les énergies propres.
- Les investissements dans les énergies renouvelables dépassent ceux des combustibles fossiles.
- La Chine et l'Inde jouent un rôle crucial, avec des avancées majeures en énergies propres malgré des émissions élevées.
- Le financement climatique reste un point de discorde entre pays riches et pauvres.
- Les projections de réchauffement ont diminué, mais restent au-dessus de l'objectif de 1,5°C.
Un Élan Mondial vers les Énergies Renouvelables
L'année dernière, les énergies renouvelables ont atteint des records. Leur croissance a dépassé 15%, représentant plus de 90% de la nouvelle capacité de production électrique installée. Cet essor témoigne d'une dynamique forte et d'une volonté collective de délaisser les sources d'énergie traditionnelles au profit d'alternatives plus durables.
Les investissements dans les énergies propres ont franchi la barre des 2 000 milliards de dollars. Ce montant est deux fois supérieur aux capitaux dirigés vers les combustibles fossiles. Cette tendance financière claire indique une confiance grandissante dans la rentabilité et la viabilité des solutions énergétiques vertes.
« L'Accord de Paris a enclenché un virage vers l'énergie propre qu'aucun pays ne peut désormais ignorer », a déclaré Laurence Tubiana, l'une des architectes de l'accord et directrice générale de la Fondation européenne pour le climat.
Faits et Chiffres
- Croissance des énergies renouvelables en 2023 : +15%.
- Part des renouvelables dans les nouvelles capacités électriques : >90%.
- Investissements en énergie propre : >2 000 milliards de dollars.
- Véhicules électriques : environ un cinquième des nouvelles ventes mondiales.
La Trajectoire des Températures Mondiales
Avant l'Accord de Paris en 2015, les projections indiquaient un réchauffement climatique de plus de 4°C. Une telle augmentation aurait été catastrophique pour la planète et ses habitants. L'accord a permis de ramener cette prévision à 3°C.
Après la COP26 à Glasgow en 2021, qui a réaffirmé l'objectif de 1,5°C, les engagements de réduction des émissions ont encore amélioré les prévisions, les ramenant à environ 2,8°C. Aujourd'hui, si toutes les promesses sont tenues, le réchauffement projeté est d'environ 2,5°C. Cela représente un progrès, mais reste insuffisant pour atteindre l'objectif le plus ambitieux de l'accord.
Contexte Historique
L'Accord de Paris, signé en 2015, visait à limiter l'augmentation de la température mondiale « bien en dessous de 2°C » par rapport aux niveaux préindustriels, tout en « poursuivant les efforts » pour la maintenir à 1,5°C. Il a été rendu possible par une coalition mondiale, incluant des pays parmi les plus pauvres et les plus vulnérables ainsi que certains des plus riches et les plus pollueurs.
Le Rôle Ambivalent de la Chine et de l'Inde
La Chine, deuxième économie mondiale, présente un tableau contrasté. Environ 90% de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre depuis l'Accord de Paris proviennent de ce pays. Ses émissions ont atteint 12,3 milliards de tonnes l'année dernière. Pourtant, le pays a également ajouté plus d'énergie renouvelable que le reste du monde combiné l'année passée. L'énergie propre représente 10% de son PIB.
La force manufacturière chinoise a fait chuter le prix des panneaux solaires d'environ 90% au cours de la dernière décennie. Cette baisse a rendu l'énergie solaire accessible à de nombreux pays. Wang Yi, conseiller principal du gouvernement chinois, a affirmé que le président Xi Jinping est engagé à long terme envers l'énergie propre. Le gouvernement central souhaite accélérer le développement d'un nouveau système énergétique dans les cinq prochaines années.
L'Inde suit une trajectoire similaire. Ses émissions de carbone dépassent celles de l'Europe. Le pays pourrait bientôt devenir le deuxième plus grand émetteur mondial après la Chine. Cependant, la moitié de sa capacité de production électrique installée est désormais à faible émission de carbone. L'Inde a même atteint son objectif en matière d'énergies renouvelables cinq ans avant la date prévue. La production éolienne et solaire devrait croître encore plus rapidement cette année.
« L'Inde planifie maintenant un réseau capable d'absorber des volumes beaucoup plus importants d'énergies renouvelables. C'est transformateur. Toutes les briques sont là », a analysé Arunabha Ghosh, directeur général du groupe de réflexion Council on Energy, Environment and Water.
Les Défis du Financement Climatique et la Fracture Nord-Sud
Un désaccord persistant concerne le financement climatique. Les pays en développement reprochent aux nations riches leur lenteur à honorer leurs engagements financiers. Lors des récentes COP, la fracture entre pays développés et en développement s'est accentuée. Les pays pauvres ont exprimé leur frustration face au manque de soutien pour le fonds « pertes et dommages », destiné à la réhabilitation des communautés touchées par les catastrophes climatiques.
Lors de la COP29 en Azerbaïdjan, les nations riches ont suscité la colère du Sud en refusant de chiffrer leurs contributions avant les dernières heures. Elles avaient promis 1 300 milliards de dollars par an en financement climatique d'ici 2035. Finalement, un montant de 300 milliards de dollars a été convenu, bien en deçà des attentes initiales.
« Le financement climatique n'est pas une charité pour nous. C'est une obligation légale, il doit donc être mobilisé et nous être fourni. C'est le seul moyen d'une réponse mondiale à cette crise mondiale », a souligné Evans Njewa, président du groupe des Pays les Moins Avancés des Nations Unies.
Malgré ces tensions, la dernière COP a vu une avancée : le triplement du financement pour l'adaptation, atteignant 120 milliards de dollars par an. Cependant, ce montant ne sera pleinement réalisé qu'en 2035, et non en 2030 comme souhaité initialement. Pour que l'Accord de Paris survive, les pays riches devront faire plus pour tenir leurs promesses et réparer cette fracture.
Obstacles et Perspectives d'Avenir
Les efforts pour la transition énergétique et le respect des objectifs climatiques font face à des obstacles politiques. L'hostilité de certains acteurs, comme l'administration de Donald Trump, a déjà eu un impact négatif par le passé. En 2016, Trump avait entamé le processus de retrait des États-Unis de l'Accord de Paris, une décision qui a ralenti les efforts mondiaux.
Les pays doivent désormais collaborer avec les États pétroliers pour élaborer des feuilles de route concrètes pour l'élimination progressive du pétrole et du gaz. Cette collaboration est cruciale pour une transition énergétique globale. Les grandes économies en développement doivent également démontrer que les énergies renouvelables peuvent réellement remplacer les combustibles fossiles, et non seulement s'y ajouter.
La géopolitique actuelle représente une menace majeure pour le consensus de Paris. Les négociations climatiques ne se déroulent pas en vase clos; elles reflètent un monde de plus en plus multipolaire. Cependant, malgré les difficultés, les progrès continuent, même s'ils sont jugés trop lents par rapport aux besoins urgents sur le terrain. La coopération multilatérale reste le meilleur espoir pour l'avenir.
Chiffres Clés sur le Réchauffement
- Projection de réchauffement avant Paris : >4°C.
- Projection après Paris : 3°C.
- Projection après COP26 : 2,8°C.
- Projection actuelle (si promesses tenues) : 2,5°C.





