Pour la première fois, les scientifiques ont intégré les dommages causés à l'océan dans le calcul du coût social du carbone. Cette nouvelle approche révèle que l'impact économique du changement climatique est presque doublé. Les conséquences sur les écosystèmes marins et les communautés côtières pèsent désormais lourdement dans l'équation.
Points Clés
- L'intégration des dommages océaniques augmente le coût social du carbone de 91 %.
- Le coût additionnel est estimé à 46,2 dollars par tonne de CO2, portant le total à 97,2 dollars.
- Les émissions mondiales de CO2 en 2024 impliquent près de 2 000 milliards de dollars de dommages liés à l'océan.
- Les îles et les petites économies seront les plus touchées en raison de leur dépendance aux ressources marines.
L'océan, un facteur économique majeur enfin reconnu
Jusqu'à présent, les modèles économiques évaluant le coût social du carbone n'incluaient pas les impacts spécifiques sur l'océan. Pourtant, la dégradation des récifs coralliens, les pertes pour la pêche et les dommages aux infrastructures côtières sont des réalités bien documentées qui affectent des millions de personnes à travers le monde.
Des chercheurs de la Scripps Institution of Oceanography, rattachée à l'Université de Californie à San Diego, ont comblé cette lacune. Leurs nouvelles découvertes, publiées dans la revue Nature Climate Change, montrent que les dommages océaniques, baptisés le « coût social bleu du carbone », augmentent de manière significative le coût total des émissions de dioxyde de carbone pour la société.
Chiffre clé
Le coût social du carbone passe de 51 dollars à 97,2 dollars par tonne de CO2, soit une augmentation de 91 %.
Un impact financier colossal ignoré
Les chercheurs ont calculé un coût additionnel de 46,2 dollars par tonne de dioxyde de carbone. En prenant en compte les 41,6 milliards de tonnes d'émissions mondiales de CO2 estimées pour 2024, cela représente près de 2 000 milliards de dollars de dommages liés à l'océan en une seule année. Ces chiffres étaient jusqu'ici absents des estimations climatiques standard.
Bernardo Bastien-Olvera, économiste de l'environnement et professeur adjoint à l'Université Nationale Autonome du Mexique, a dirigé cette étude. Il a souligné la nécessité de quantifier les préjudices subis par l'océan pour éclairer les décideurs avec une analyse coûts-avantages précise.
« L'océan était la grande pièce manquante dans ces modèles qui calculent les impacts climatiques sur les humains », a déclaré Bastien-Olvera.
Comment le changement climatique affecte l'océan
Le changement climatique, amplifié par l'activité humaine, endommage les océans de plusieurs manières. L'augmentation des températures de l'eau et l'altération de sa chimie sont les principaux facteurs. Ces modifications affectent la distribution des espèces marines et dégradent des écosystèmes vitaux.
Écosystèmes marins menacés
Les récifs coralliens, les mangroves, les herbiers marins et les forêts de kelp sont particulièrement vulnérables. Ces habitats jouent un rôle crucial dans la biodiversité marine et la protection des côtes. Leur dégradation a des répercussions en cascade sur l'ensemble de l'écosystème.
Les infrastructures côtières, telles que les ports maritimes, subissent également les conséquences de ces changements. L'élévation du niveau de la mer et l'intensification des tempêtes provoquent davantage d'inondations et de destructions.
Une répartition inégale des impacts
L'étude met en évidence une répartition « très inégale » des impacts à travers le globe. Les îles et les petites économies seront touchées de manière disproportionnée. Leur forte dépendance aux fruits de mer pour l'alimentation et la nutrition les rend particulièrement vulnérables aux pertes de pêche et à la dégradation des écosystèmes marins.
Méthodologie et valeurs prises en compte
Le coût social du carbone est une métrique économique utilisée dans les politiques climatiques. Elle estime les dommages qu'une tonne de dioxyde de carbone cause à l'humanité aujourd'hui. Les chercheurs ont utilisé des modèles d'évaluation intégrés pour simuler différents scénarios futurs. Ces scénarios prenaient en compte le comportement des populations et de l'économie au cours du prochain siècle.
Ils ont intégré les impacts climatiques potentiels sur des systèmes comme les récifs coralliens, les mangroves, les pêcheries et les ports maritimes. L'évaluation a été affinée en considérant des valeurs marchandes directes, comme la diminution des revenus de la pêche ou la réduction du commerce. Mais elle a aussi inclus des valeurs non marchandes.
- Impacts sur la santé : Réduction de la disponibilité de nutriments essentiels (calcium, acides gras oméga-3, protéines, fer) dans les fruits de mer, pouvant entraîner des risques accrus de maladies et des décès supplémentaires.
- Opportunités récréatives : Perte de valeur pour les activités de loisirs liées à l'océan.
Les coûts économiques sont directement liés aux pertes dans l'industrie de la pêche, aux dommages subis par les communautés côtières et aux impacts sur les systèmes naturels qui protègent ces communautés, comme les mangroves et les récifs.
Une mesure plus juste des dommages climatiques
Les chercheurs estiment que le coût social du carbone, intégrant désormais l'océan, offre une évaluation plus précise des préjudices causés par le changement climatique. Cette mesure est considérée comme plus fiable que d'autres calculs souvent utilisés comme base pour les crédits carbone ou les compensations carbone offertes aux voyageurs.
L'intégration de l'océan dans cette métrique est une étape cruciale. Elle permet de mieux comprendre l'ampleur réelle des conséquences économiques et sociales du changement climatique et d'orienter les politiques vers des solutions plus complètes et efficaces.





