Une série de neuf tempêtes hivernales a frappé la Péninsule Ibérique entre mi-janvier et mi-février, provoquant des inondations généralisées et des destructions. De nouvelles recherches indiquent que le réchauffement climatique a significativement intensifié ces épisodes de pluies torrentielles en Espagne, au Portugal et au Maroc, entraînant des dégâts économiques considérables et des pertes humaines.
Points Clés
- Neuf tempêtes hivernales ont causé des inondations et des dégâts importants en Espagne et au Portugal.
- Le changement climatique a augmenté l'intensité des pluies de 36% dans le nord de l'Ibérie et de 28% dans le sud et au Maroc.
- Les océans plus chauds ont alimenté un « fleuve atmosphérique », transportant plus d'humidité vers la région.
- Les dégâts économiques s'élèvent à environ 7 milliards d'euros en Espagne et 6 milliards d'euros au Portugal.
- Les systèmes d'alerte précoce ont contribué à limiter le nombre de victimes, malgré l'ampleur des événements.
Impact du changement climatique sur les précipitations
Le consortium World Weather Attribution, un groupe de scientifiques spécialisés dans l'analyse rapide des événements météorologiques extrêmes, a récemment publié des conclusions alarmantes. Leurs recherches montrent que le réchauffement climatique a exacerbé l'intensité des pluies qui ont déferlé sur la Péninsule Ibérique et le Maroc voisin.
Les scientifiques ont examiné deux événements pluvieux spécifiques au cours du mois dernier. L'un a touché le nord-ouest de l'Espagne et le Portugal, l'autre le sud de l'Ibérie et le nord du Maroc. Les résultats révèlent une augmentation marquée de l'intensité des précipitations.
Chiffres Clés
- 36% d'augmentation de l'intensité des pluies dans la région nord de l'Ibérie.
- 28% d'augmentation dans la région sud et au Maroc.
- Ces jours les plus humides sont désormais environ un tiers plus pluvieux qu'avant l'ère industrielle.
Pour quantifier l'impact du changement climatique, les chercheurs ont effectué des simulations. Ils ont comparé des épisodes de pluies similaires dans le climat actuel et dans un monde sans réchauffement global. Les modèles climatiques ont constamment montré une augmentation des précipitations dans la région nord.
« Globalement, nous estimons que les jours les plus humides sont maintenant environ 11% plus pluvieux qu'ils ne l'auraient été sans le changement climatique d'origine humaine », a déclaré Clair Barnes, chercheuse au Centre de politique environnementale de l'Imperial College de Londres et co-auteure de l'étude.
Cependant, pour la région sud, les modèles climatiques n'indiquent pas de tendance croissante claire pour les jours les plus pluvieux. Cela rend difficile de quantifier l'effet précis du changement climatique dans cette zone, même si une contribution n'est pas exclue.
Le rôle des fleuves atmosphériques et des océans chauds
Les scientifiques ont identifié un facteur clé dans cette succession de tempêtes : un « fleuve atmosphérique ». Il s'agit d'une longue bande de vent et de vapeur d'eau qui transporte l'humidité sur de vastes distances. Ce phénomène a été particulièrement intense.
Qu'est-ce qu'un fleuve atmosphérique ?
Un fleuve atmosphérique est un couloir étroit dans l'atmosphère qui transporte une grande quantité de vapeur d'eau. Il agit comme un « pipeline » qui déplace l'humidité des tropiques vers les latitudes plus élevées. Lorsqu'il rencontre des terres, cette humidité peut se condenser et provoquer des pluies intenses.
Ce fleuve atmosphérique a été intensifié en traversant une vague de chaleur marine très forte dans l'Atlantique, sur son chemin vers l'Espagne. Cette augmentation des températures de la mer est devenue dix fois plus probable en raison du changement climatique. Les eaux plus chaudes ont permis au fleuve atmosphérique de capter plus d'humidité.
Quand cette humidité supplémentaire a touché terre, elle s'est transformée en précipitations plus abondantes. Ce mécanisme explique en partie la violence des intempéries observées. Un schéma météorologique bloqué, caractérisé par une zone de haute pression déviant les vents, a également contribué à canaliser les tempêtes vers l'Ibérie pendant un mois. Les scientifiques continuent d'étudier si le changement climatique influence la fréquence de ces schémas de blocage.
Conséquences humaines et économiques
Les tempêtes ont eu des conséquences dévastatrices. Six personnes ont perdu la vie au Portugal, et plus de 12 000 personnes ont été évacuées en Espagne. La dévastation s'étendait sur les deux pays, touchant les habitations, les infrastructures et l'agriculture.
Les dégâts économiques sont considérables. Le gouvernement espagnol a déjà alloué 7 milliards d'euros en paiements de secours. Au Portugal, les dommages sont estimés à 6 milliards d'euros, soit plus de 1,5 % du PIB du pays. Le coût de la reconstruction devrait peser lourdement sur les finances nationales.
- Espagne : 7 milliards d'euros pour les secours.
- Portugal : 6 milliards d'euros de dommages estimés.
- Total estimé : 13 milliards d'euros de dégâts directs.
Malgré l'ampleur des événements, le bilan humain, estimé à 49 décès dans les trois pays (Espagne, Portugal, Maroc), est resté relativement bas. Ceci est attribué aux efforts concertés d'alerte précoce et d'évacuation. Ces mesures ont permis de sauver des vies, mais ne réduisent pas l'exposition sous-jacente aux risques.
« Ces alertes précoces et actions anticipatoires ont réduit les pertes de vies humaines, mais elles ne réduisent pas l'exposition sous-jacente au risque », a expliqué Maja Vahlberg du Centre climatique de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, co-auteure de l'étude. « Si les humains peuvent être mis à l'abri, ce n'est pas le cas de nos maisons, de nos lieux de travail, de nos routes, de nos bâtiments – porteurs d'histoire, de culture et de mémoire. »
Les coûts précis de reconstruction des maisons, des infrastructures et de l'agriculture sont encore en cours d'évaluation. Les dommages indirects pour l'économie seront probablement encore plus élevés. Par exemple, l'autoroute principale du Portugal s'est effondrée lors d'une des tempêtes de mi-février et sa réparation devrait prendre plusieurs semaines.
Perspectives d'avenir et adaptation
La Péninsule Ibérique, comme de nombreuses autres régions du monde, est confrontée à une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes. Ces événements soulignent l'urgence d'adapter les infrastructures et les politiques face à un climat en évolution. La résilience des communautés dépendra de la capacité à anticiper et à se préparer à ces défis croissants.
Le renforcement des systèmes d'alerte précoce et des plans d'évacuation est essentiel. Cependant, il est également crucial d'investir dans des infrastructures plus robustes, capables de résister à des conditions climatiques extrêmes. La protection des biens et du patrimoine culturel nécessite une approche globale et durable.
Les recherches continuent d'affiner notre compréhension de l'interaction complexe entre le changement climatique et les phénomènes météorologiques. Chaque nouvelle étude apporte des données précieuses pour éclairer les décisions politiques et les stratégies d'adaptation.
Il est impératif que les gouvernements et les organisations internationales collaborent pour soutenir les régions les plus vulnérables. La transition vers des énergies moins carbonées et la réduction des émissions de gaz à effet de serre restent des priorités absolues pour atténuer les futurs impacts du changement climatique.





